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2024 édition #3

Dossier : le foot féminin

Atelier animé par Pierrick Taisne à la médiathèque d’Agnin

Un football féminin à la peine

« La France a recensé une explosion du nombre de licenciées entre 2011 et 2019 : 220 000 (joueuses, arbitres, éducatrices, dirigeantes). Une croissance bien plus modérée depuis avec un foot féminin plus développé sur certains continents que dans d’autres (Amerique du Nord, Europe). Aux Etats Unis, il est par exemple plus pratiqué par les filles que par les hommes. Il faut savoir que le salaire moyen d’une joueuse en France est de 2500€. Une grosse différence avec les hommes. Selon Anthony Rech, journaliste RMC spécialisé dans le foot féminin : « la différence de salaire homme/femme s’explique par un cercle économique incomplet. Le plus gros salaire est détenu par une joueuse lyonnaise, environ 70 000 euros. Actuellement, on parle d’investissement et non de rentabilité pour les entreprises qui souhaitent devenir sponsors. En France, on observe 4 clubs moteurs depuis quelques années (OL, PSG, Paris FC, Montpellier HSC). »

A l’image de la nouvelle ligue, l’OL a mis en place un nouveau projet OL Féminine créée par sa nouvelle présidente depuis décembre 2023, Michelle Kang. Son leitmotiv : donner les mêmes chances aux féminines qu’aux garçons. Elle souhaite notamment créer les mêmes structures que chez les hommes (stade, centre d’entraînement, cité du foot féminin pour que les filles puissent jouer) afin de développer l’image de la pratique et sa notoriété. Son souhait est que le football féminin ait son indépendance financière.

En été 2024, la Ligue de Football Professionnelle Féminine sera créée, une première. Celle-ci obligera les clubs à se structurer, répondre à un cahier des charges afin d’être au haut niveau pour attirer des diffuseurs. »

Francis Ménétrieux et Najwa Nouréliakine

[podcast]

Interviews réalisées par Laurent, Marie, Élie et Stéphane.

Sorenza Orezzoli : « Nous devons faire face aux remarques des garçons »

Sorenza Orezzoli est gardienne de but à Clermont. Depuis son plus jeune âge, la jeune femme a dû se faire une place dans un univers masculin. Elle nous explique comment.

Sorenza, comment es-tu devenue gardienne ?

Dans l’équipe de Salaise 100% féminine il n’y avait pas de gardienne. Nos résultats ne correspondaient à nos valeurs. Nous voulions aller plus loin, faire mieux. Je me suis donc proposé à ce poste.

Les filles ont-elles été contentes de trouver une gardienne ?

Oui. L’équipe a gagné en cohésion. Ce poste de gardienne m’a permis d’aider toute ma défense et d’avoir le recul nécessaire pour faire avancer et progresser l’équipe.

Quels étaient alors tes rapports avec ta capitaine ?

On s’entendait bien. On est complémentaires pour amener l’équipe d’un point A à B : la victoire. Nos consignes, elle en attaque, moi en défense, allaient dans le même sens avec pour objectif de tirer l’équipe vers le haut et améliorer nos résultats.

Les résultats ont-ils suivi ?

Nous avons eu la fierté de titiller les garçons dans un championnat de moins de 13 ans où nous jouions contre eux. Bien que filles nous voulions faire aussi bien, voire mieux. Nous avions la volonté d’avancer, progresser, être présentes sur le terrain pour ramener la victoire.

Y-a-t-il eu des tensions avec les équipes masculines ?

Bien sûr oui. Les équipes de filles en confrontation avec des garçons subissent au début les mêmes remarques : ce sont des filles, ça va être facile, il ne faut pas leur faire mal… Notre jeu, l’implication, la volonté et l’intensité mis dans ces rencontres les ont obligés à changer d’avis, se remettre en question et nous proposer une autre attitude. Les filles du foot doivent être fortes mentalement, encore plus contre des garçons. Nous devons faire face à leurs remarques et savoir les remettre à leur place.

« Il fallait y aller, j’y allais »

Sorenza Orezzoli

Les garçons restaient-ils corrects vis-à-vis de vous ?

Au début il se la joue tranquille et font des choses qu’ils ne se seraient pas permis entre eux. Au fur et à mesure du jeu, ça chauffait pour eux, le rapport de force revient normal et permet enfin de jouer un vrai match de foot.

Gardienne, comment appréhendais- tu les frappes des garçons ?

J’essayai de ne pas faire de différence. En plus des entraînements collectifs, mes relations avec mon ancien club m’ont permis des entraînements de gardien avec des garçons plus grands que moi. J’ai su garder cette force qui arrivait. En U13/U14, la différence physique n’était pas aussi grande. Aujourd’hui, en senior, le cas serait différent et bien réel. A l’époque, lors des matchs, je n’avais peur de rien et ne me posait pas de question. Il fallait y aller, j’y allais !

Propos recueillis Bruno Gonsollin

Nina Maaden : « Les jeunes générations vont devoir faire changer les choses. »

De passage à la médiathèque d’Agnin, Nina Maaden, joueuse de l’équipe Clermont Foot 63, partage son regard sur les disparités hommes-femmes dans le football.

Quand tu as commencé le foot, quel a été le regard de ton entourage ?

Cela a été accepté sans problème. J’avais déjà soumis l’idée depuis mon plus jeune âge. J’ai de la chance d’avoir des parents ouverts d’esprit.

As-tu déjà été victime de discrimination de genre quand tu as commencé à jouer au foot ?

Pas dans mon école, mais quand j’étais en équipe mixte, on avait des adversaires qui disaient « oh il y a une fille dans leur équipe, c’est bon on va gagner ».  Ces remarques étaient assez fréquentes.  

Comment as-tu vécu ces remarques ?

En tant qu’enfant, cela met un peu à l’épreuve. Mais après, je trouve cela moteur. Quand je gagnais avec mon équipe, c’était la meilleure des réponses.

Quelles différences vois-tu entre le football masculin et féminin ?

Sur l’aspect technique, même si l’écart se réduit de plus en plus, il en restera toujours. Les hommes et les femmes ne sont pas fait biologiquement de la même manière. Il y a forcément moins d’intensité. On saute moins haut, on court moins vite, cela se ressent dans le jeu. Quand on regarde des matchs féminins, c’est moins spectaculaire. Il faut l’accepter.

Que penses-tu des inégalités salariales entre les hommes et femmes ?

C’est normal dans une certaine mesure. Les droits TV, et même tous les médias, cela rapporte plus chez les hommes. Ces dernières années, on voit qu’il y a une évolution dans le football féminin telle que la diffusion de match à la télé. Et ça va continuer à tendre vers cette direction.

« Même si c’est long, on va y arriver »

Nina Maaden

Joseph Blatter, président de la Fifa en 1995 a dit « la femme est l’avenir du football ». Es-tu d’accord ?

Si je réponds non qui va y croire après ? Ce sont les jeunes générations qui vont devoir faire changer les choses. Il faut continuer les efforts qui sont faits. Je pense qu’on est sur la bonne voie.

Pourtant il n’y a que 10% des licenciés qui sont des femmes. Tu trouves vraiment qu’on est sur la bonne voie ?

D’année en année, il y a de plus en plus de licenciés féminins. Il y a de plus en plus de clubs qui ouvrent des sections féminines, même si ce sont des clubs pas très renommés. Il y a du potentiel. Il y a des lois qui ont été passées qui obligent à ouvrir des sections féminines. Cela montre qu’il y a du progrès. Même si c’est long, on va y arriver.

« On va y arriver », c’est le message que tu veux faire passer aux jeunes footballeuses ?

Il faut qu’elles y croient, même si parfois elles sont mises à l’épreuve et que ce n’est pas facile tous les jours. Il faut continuer de s’accrocher et espérer que le jours à venir soient meilleurs.

Propos recueillis par Sophie Guigues

Une fille et des crampons.

Invitée par la médiathèque d’Agnin sur la thématique du Football Féminin, Nina Maaden s’est prêtée au jeu des interviews. Elle témoigne de son parcours de sportive de haut-niveau.

Nina et le foot, c’est depuis toujours !
Née en 1997 à Vénissieux, deux grands frères footballeurs pour modèles, toutes les occasions sont bonnes pour taper dans le ballon avec ses amis. Entourée de passionnés, elle se souvient des matchs en famille devant la télé à commenter le jeu de Zidane.

En 2006, Nina débute le football auprès de l’AS Manissieux-St Priest et intègre l’équipe de foot à 8, adaptée aux jeunes avant 13 ans. Elle fait ses premiers dribles sur les plateaux organisés le samedi matin.
Nina a un atout : sa détermination. Seule fille de l’équipe, elle apprécie de progresser auprès des garçons qui ont déjà quelques années de pratique à leur actif. Nina s’accroche et se bat pour parvenir à leur niveau déjà assez technique.

En 2011, l’adolescente rejoint le club de Genas en Régional 1 des moins de 18 ans. Une fois terminée l’adaptation « au grand terrain » et au foot à 11, Nina se sent très à l’aise dans cette équipe féminine, composée de footballeuses âgées de 14 à 17 ans. Elle chausse les crampons par « pur plaisir », portée par sa passion et la volonté de faire toujours mieux.

Dès le premier match :  Genas contre l’OL, l’enthousiasme de la jeune fille est mis à rude épreuve. Face au score accablant de 20 à 0 pour l’OL, Nina prend conscience de l’écart technique à combler pour attendre le niveau des Lyonnaises. Considérant cette défaite comme « partie de son apprentissage », elle persévère et en 2015, elle signe à Caluire, toujours en Régional 1.

« Pourquoi pas moi ? » En 2017, Nina a beaucoup appris auprès des filles qui évoluent dans les grands clubs. Elle est une footballeuse reconnue sur les terrains et se sent prête à devenir sportive de haut-niveau. A force de constance et de régularité, Nina rejoint, en 2019, l’Olympique Lyonnais, « son club de cœur », en Régional 1. La fierté d’endosser ce maillot qu’elle trouve « magnifique » est une sorte de consécration. Elle le portera 3 ans.

Aujourd’hui, Nina toujours sportive de haut-niveau, envisage avec sérénité sa reconversion professionnelle dans le milieu du football sans pour autant raccrocher les crampons.

Ses conseils ? « Ne jamais abandonner ! Être consciente que le chemin n’est jamais aussi rapide et court qu’on ne le pense mais que tout est possible si l’on s’en donne les moyens. »

Pascale Bonin